Homélie pour la solennité de l'Epiphanie

Aux pauvres bergers le Seigneur Dieu a envoyé une troupe d’anges musiciens pour leur annoncer l’immense joie de la venue d’un Sauveur. Aux sages savants de l’Orient, le même Seigneur laisse découvrir une lumière au milieu des astres. Il est bien possible que les pâtres, veilleurs dans la nuit, aient eux aussi remarqué cette curieuse lumière qui venait d’apparaître. La lumière luit dans les ténèbres en effet ! Ainsi Dieu se soucie-t-il de chacun. Non point seulement des humbles fleurs des champs, mais aussi des intelligences complexes qui ont besoin de voir des choses étonnantes pour décider ou non de se mouvoir.


Il est remarquable que ces hommes lointains aient su faire la relation entre l’apparition d’une lumière stellaire nouvelle et la naissance nouvelle d’un enfant Roi. D’où savent-ils donc qu’une étoile céleste est associée à la naissance d’un être humain, et qui plus est, d’un Roi ? Certes, et la liturgie quadragésimale nous le rappelle, l’homme n’est que poussière. Mais de là à relier l’existence d’une créature avec de la poussière d’étoile, c’est tout de même quelque peu hasardeux. Mais alors s’agirait-il d’une correspondance numérique ? Il faudrait pour en être bien sûr, pouvoir simultanément compter le nombre des étoiles dans le ciel – sans oublier celles qui ont filé, que l’on nomme justement étoiles filantes ! – et les créatures nées depuis le commencement du monde, dont on n’a guère plus de trace. Même l’homme moderne devrait convenir de l’impossibilité d’une pareille chose : c’est dire ! Il est donc permis de faire l’hypothèse d’une simple « croyance » de la part de ces mages. Une croyance sérieuse en ce qui les concerne, puisqu’ils ont décidé de faire le trajet. À leur insu ils accomplissement pourtant les prophéties que nous entendions dans les lectures. Et cela nous révèle que Dieu s’adapte à chacun et vient rejoindre ceux qu’il a décidé, afin de répandre comme une traînée de lumière, la bonne nouvelle de l’Incarnation !


Il nous faut relever un point commun de la plus grande importance entre ces mages, les bergers et les anges. Une très grande joie les animent tous successivement. Au reste l’Écriture nous dit que les étoiles ont aussi fort étonnamment cette faculté que décrit le prophète Baruch : « es étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille ; Dieu les appelle, et elles répondent : « Nous voici ! » Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites ». Cette mystérieuse joie des étoiles se serait-elle répandue jusque dans l’âme des mages comme celle des anges s’est emparée des cœurs des bergers ? Voilà bien des sujets d’étonnement et d’émerveillements ! L’émerveillement est justement un point capitale qui relie les témoins de cette naissance du Messi Roi d’Israël. Les mages sont émerveillés par cette lumineuse et mystérieuse étoile, tandis que l’auditoire des bergers s’émerveillait de son côté de ce qui se disaient de leur part.


Joie, lumière, étoiles, nuit, anges, nouveau-né : voici tant d’occasions de s’émerveiller. Pourtant l’objet le plus sublime de notre émerveillement est caché dans ces événements. Non pas « derrière » ces événements, mais au cœur même de ceux-ci. Dieu devient l’un d’entre nous sans cesser d’être Dieu. Le Père envoie son Fils pour faire de nous les frères de Celui-ci et donc aussi ses propres fils d’adoption. Le Salut éternel est annoncé à tous. Comment donc fait l’homme pour n’en être pas émerveillé ? Comment fait l’homme pour parvenir à s’endormir en ayant ce spectacle devant les yeux, devant le cœur ? L’homme n’est tout simplement pas un pur esprit. La créature humaine a besoin de s’arrêter, de reprendre ses forces. Et bien souvent elle l’oublie et cela finit mal. Mais heureusement le sommeil n’altère pas l’éveille de notre cœur qui, le temps de notre vie terrestre, ne s’arrête pas. Profitons donc de cette merveilleuse réalité pour adorer nous aussi, de jour comme de nuit, Celui que ces mages sont venus adorer. Et portons, à notre mesure, au monde entier cette formidable invitation à la joie totale : le Verbe s’est fait chair !


Amen

+ frère Laurent de Trogoff, prieur administrateur

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