Homélie pour le dimanche de Pentecôte, 24 mai 2026

« Il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » » L’évangile que nous venons d’entendre en ce jour de la Pentecôte nous renvoie au jour de Pâques. « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine », Jésus ressuscité apparaît à ses disciples et, sans plus attendre, il répand sur eux l’Esprit Saint.

En sens inverse, il y a quarante-neuf jours, la première lecture du lundi de Pâques nous rapportait un discours de Pierre prononcé le jour de la Pentecôte. Sept semaines après la mort de Jésus, le chef des Apôtres proclamait solennellement sa résurrection d’entre les morts. Les deux mystères de Pâques et de la Pentecôte sont donc étroitement entremêlés. On ne peut pas les séparer l’un de l’autre. Ils sont deux facettes d’un même mystère.

Ces jours derniers, alors que nous nous préparions avec toute l’Église à célébrer la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte, la liturgie nous a fait entendre le discours de Jésus après la Cène, tel qu’il nous est rapporté par saint Jean. Dans ce discours, le Seigneur parle à ses disciples de son départ vers le Père et il leur annonce la venue de l’Esprit Paraclet : « Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7). Le contexte liturgique dans lequel ces lectures étaient proclamées, en cette fin de temps pascal, nous a fait penser naturellement au départ de Jésus lors de l’Ascension, et à l’envoi du Saint-Esprit à la Pentecôte. Cette interprétation se justifie tout à fait.

Pourtant, si l’on est attentif à la place qu’occupent ces chapitres dans le quatrième évangile, on y reconnaîtra plutôt une allusion au départ de Jésus que représente pour les disciples sa mort sur la croix. Le Christ annonce à ses amis qu’il va mourir dans les heures qui suivront et il promet qu’il leur enverra l’Esprit Saint. Il rattache ainsi l’envoi de l’Esprit au mystère de sa mort et de sa résurrection. Et de fait, l’évangéliste fait mention du don de l’Esprit par Jésus à deux endroits : au moment de sa mort sur la croix le vendredi saint (« il remit l’esprit », Jn 19, 30), et au moment de sa rencontre avec les disciples au Cénacle, le soir de Pâques (« Recevez l’Esprit Saint », Jn 20, 22).

Quelques chapitres auparavant, saint Jean avait fait de la glorification de Jésus une condition pour que l’Esprit de Dieu soit répandu sur les hommes. « Il ne pouvait pas y avoir l’Esprit, explique-t-il, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié. » (Jn 7, 39). La glorification de Jésus signifie, dans le langage johannique, le mystère de sa mort et de sa résurrection. C’est le mystère pascal qui rend possible l’effusion de l’Esprit Saint. C’est dans le mystère pascal que l’Esprit Saint nous est donné. Mais pourquoi, me demanderez-vous, le don de l’Esprit est-il si étroitement lié au mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur ?

Au soir de Pâques, Jésus répand son Esprit sur les Apôtres. Et aussitôt il leur déclare : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Le don de l’Esprit Saint est donc lié à la rémission des péchés. Or le pardon des péchés nous a été obtenu par la mort de Jésus sur la croix. « C’est lui qui, par son sacrifice, écrit saint Jean dans sa première épître, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier. » (1 Jn 2, 2). La rémission des péchés est le fruit du mystère pascal. « Par la mort et la résurrection de son Fils, rappelle la prière de l’absolution sacramentelle, [Dieu] a réconcilié le monde avec lui et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. » Tout est lié.

Le don de l’Esprit Saint permet la rémission des péchés. Il donne accès au fruit du mystère pascal. En répandant son Esprit sur les disciples, Jésus ressuscité les rend participants de sa mort et de sa résurrection. Il les délivre du péché et de la mort. En soufflant sur eux comme sur le premier homme dans le jardin de la Genèse, il leur donne la vie. Et cette vie qu’ils ont reçue est appelée à se transmettre dans le monde entier. Comme le Fils est l’envoyé du Père, les disciples eux aussi sont envoyés. Ils sont apôtres pour propager partout dans le monde la rémission des péchés qui nous a été obtenue dans le mystère de Pâques.

En cette Eucharistie, frères et sœurs, le mystère pascal nous est rendu présent. Comme il l’a fait pour ses disciples au soir de Pâques, Jésus va répandre son Esprit sur nous et sur nos offrandes, pour faire de celles-ci le sacrement de sa mort et de sa résurrection. Accueillons le don de l’Esprit Saint. Accueillons la grâce de la rémission des péchés, que le Christ a obtenue pour nous et pour les hommes de toute langue et de toute nation. Sans cesse, annonçons leur les merveilles de Dieu. Oui, le Christ est vraiment ressuscité ! Il nous a sauvés de la mort et du péché ! Amen, alléluia !

+ fr. Jean-Vincent, abbé

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