Homélie pour la liturgie de la Passion du Seigneur, 3 avril 2026
« Il y avait là un jardin. » À deux reprises, le récit que nous venons d’entendre rapporte ce détail à propos du cadre où évoluent les personnages. Au tout début de la Passion, saint Jean écrit que « Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin dans lequel il entra avec ses disciples ». De même, à l’autre bout du récit, l’évangéliste fait à nouveau mention d’un jardin : « À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf. »
Toute la Passion selon saint Jean se trouve donc insérée entre ces deux jardins. Elle commence dans un jardin et elle finit dans un jardin. Au soir du jeudi saint, Jésus entre dans un jardin pour y être livré. Au soir du vendredi saint, son corps est déposé dans un jardin pour y reposer. En passant ainsi d’un jardin à l’autre, le Christ ouvre un chemin nouveau pour l’homme perdu.
Au commencement, dit la Genèse, « le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé » (Gn 2, 8). L’homme a commencé son histoire dans un jardin. Dans un jardin, il a désobéi à son Créateur. Et à cause de sa désobéissance, il a été renvoyé du jardin.
Le Christ a commencé sa passion dans un jardin. Il est venu rejoindre l’homme à l’endroit même où celui-ci s’était détourné de Dieu. Mais à la différence du premier Adam, Jésus n’a pas choisi la voie de la désobéissance. « La coupe que m’a donnée le Père, déclare-t-il à Pierre qui cherche à le défendre, vais-je refuser de la boire ? » Là où l’homme avait désobéi, Jésus a obéi. Et pourtant, ligoté, il est conduit lui aussi hors du jardin. Alors qu’il n’avait pas péché, il a accepté la sentence du péché. Il s’est uni si étroitement à notre humanité qu’il a voulu partager toutes nos souffrances. Comme le rappelle très justement l’Épître aux Hébreux, « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché ». Saisi d’une immense compassion pour l’homme, le Christ supporte avec lui les conséquences du péché. Il comparaît devant les chefs de son peuple, il est livré aux outrages, il est crucifié. En tout cela, « c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé ». Et cette épreuve que Jésus a librement acceptée par amour pour nous l’a conduit à nouveau dans un jardin.
Alors que nous pensions l’accès au jardin définitivement fermé, voici que le Fils de l’homme y pénètre de nouveau. Le glaive des Keroubim qui en gardait l’accès a été remis au fourreau sur l’ordre de Jésus, avec l’épée de Simon-Pierre. L’épouse du Cantique peut désormais chanter : « Mon bien-aimé est descendu dans son jardin, dans les parterres d’aromates » (Ct 6, 2). Et elle continue : « pour mener ses brebis paître aux jardins, et pour cueillir des lis. » (Ct 6, 2). Oui, « nous étions tous errants comme des brebis », reconnaissait Isaïe dans la première lecture. Mais grâce au sacrifice du Christ, ces brebis que nous sommes sont appelées elles aussi à pénétrer dans le jardin du Bien-aimé. L’entrée de ce jardin, frères et sœurs, se trouve sur le Calvaire. « Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce », ce trône en forme de croix. Embrassons le Crucifié, unissons-nous à lui, afin de pénétrer à sa suite dans le jardin de la Résurrection. Amen.
+ fr. Jean-Vincent Giraud, abbé