Homélie pour la messe de la Cène du Seigneur, 2 avril 2026
Au cours du repas, Jésus « se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples. […] Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » »
Frères et sœurs, l’acte que Jésus vient de poser devant ses disciples a une signification bien précise. La séquence du lavement des pieds est encadrée par des actions préparatoires et conclusives que l’évangéliste prend bien soin de préciser. Elles ont une importance. Jésus commence par se lever de table et termine en se remettant à table. Il dépose son vêtement et il reprend son vêtement. Ces actions du Seigneur annoncent ce qu’il se prépare à accomplir dans son mystère pascal.
En retirant son vêtement, Jésus anticipe une scène qui va se produire le lendemain et que le chemin de croix nous a rendue familière. Jésus est dépouillé de ses vêtements. Vous aurez peut-être remarqué, frères et sœurs, que la dixième station ne nous est rapportée par aucun des quatre évangiles. Ceux-ci racontent seulement que les soldats se sont partagé ses vêtements. Cela suppose naturellement que le Christ ait d’abord été dévêtu. Toutefois, aucun des récits de la Passion ne permet de préciser si, à son arrivée au Calvaire, Jésus a retiré ses habits de lui-même ou bien si d’autres l’ont fait pour lui.
C’est le récit du lavement des pieds qui permet de répondre à cette question. Dans cette action symbolique qui préfigure sa passion, Jésus dépose lui-même son vêtement. Il annonce ainsi l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. » (Is 50, 6). Par ce dépouillement volontaire, le Seigneur expose librement ses membres au bon vouloir des hommes. Il livrera son corps à ceux qui veulent lui arracher la vie.
Puis, une fois le lavement des pieds achevé, l’évangéliste précise que Jésus reprend son vêtement. L’association des deux verbes « déposer » et « reprendre » n’est pas nouvelle dans le quatrième évangile. Elle est déjà apparue dans le discours du bon Pasteur, où Jésus avait déclaré aux pharisiens : « Je dépose ma vie, pour la reprendre. Personne ne me l’enlève ; mais je la dépose de moi-même. J’ai pouvoir de la déposer et j’ai pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 17-18). L’association de ces deux verbes « déposer » et « reprendre » met en parallèle le vêtement et la vie. Le vêtement que Jésus dépose et reprend au moment de laver les pieds de ses disciples représente sa vie. Par ce double geste, il annonce qu’il va déposer sa vie pour servir ses disciples et qu’il va la reprendre ensuite. Il annonce sa mort et sa résurrection pour ses frères. Et cela, Jésus le fera par amour.
En effet, un peu plus tard dans la soirée, l’expression « déposer sa vie » revient à nouveau sur les lèvres du Seigneur. Aussitôt après avoir énoncé le commandement nouveau de l’amour mutuel, il déclare qu’« il n’y a pas de plus grand amour que de déposer sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Déposer sa vie pour quelqu’un est le signe le plus éloquent de l’amour que l’on a pour lui.
C’est par amour qu’en ce soir du jeudi saint, le Christ s’apprête à déposer sa vie pour ses disciples et à la reprendre ensuite. « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » leur déclare-t-il après s’être remis à table. La signification du lavement des pieds, frères et sœurs, nous est donnée dès le premier verset de notre évangile : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » Et il conclut : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » Oui, frères et sœurs, avec le Christ, entrons dans le mystère pascal, participons à sa mort et à sa résurrection, donnons nous aussi notre vie par amour pour nos frères. Amen.
+ Fr. Jean-Vincent Giraud