Homélie pour le dimanche des Rameaux, 29 mars 2026

« Quelle joie quand on m’a dit : « Nous irons à la maison du Seigneur ! » Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » (Ps 121, 1-2). À la fin de ce carême, frères et sœurs, nous arrivons au terme de notre route. Pendant près de quarante jours, nous avons cherché à mettre nos pas dans ceux de Jésus pour marcher à sa suite. Et voilà qu’il arrive aujourd’hui à la Ville sainte où il doit subir sa passion. L’évangile des rameaux, que nous avons proclamé au début de cette célébration, nous a fait entendre le récit de son entrée triomphale à Jérusalem.

Dans l’Évangile de saint Matthieu, le pèlerinage de Jésus vers la colline de Sion avait commencé quelques chapitres plus tôt. Alors que Pierre venait de reconnaître devant les Douze que Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant, celui-ci avait commencé « à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem » (Mt 16, 21), pour y être tué et, le troisième jour, ressusciter. Et il s’était mis en route. Un peu plus tard, Jésus leur avait annoncé pour la deuxième fois sa passion et sa résurrection. Une troisième fois encore, alors qu’ils se trouvaient déjà dans le territoire de la Judée, Jésus avait déclaré aux Douze : « Voici que nous montons à Jérusalem » (Mt 20, 18) en leur expliquant de nouveau qu’il allait souffrir et ressusciter. Nous montons. À la troisième annonce de sa passion, le Christ ne parle plus pour lui seul, mais aussi pour ses disciples. C’est avec eux qu’il monte à Jérusalem. C’est avec eux qu’il entrera dans la ville où il doit donner sa vie en rançon pour la multitude.

Nous qui sommes ses disciples, nous sommes appelés nous aussi à entrer à Jérusalem avec Jésus pour l’accompagner dans sa passion. C’est ce que nous avons fait tout à l’heure, dans la procession des rameaux. Nous nous sommes mis en route jusqu’à cette église abbatiale. Et nous sommes entrés avec lui dans ce lieu où, au cours de la liturgie eucharistique, il actualise pour nous son mystère pascal. Cette église représente donc pour nous la Ville sainte où nous conduit le Christ.

Le récit de la Passion selon saint Matthieu, que nous venons d’entendre, nous rapporte un détail qui ne figure pas chez les autres évangélistes. Après la mort de Jésus, « les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte » (Mt 27, 52-53). Par son mystère pascal, le Christ fait donc entrer les justes dans la Ville sainte.

Ainsi, les deux évangiles que nous avons entendus dans la liturgie de ce dimanche se rejoignent. Dans le récit des Rameaux comme dans celui de la Passion, il s’agit pour les hommes d’entrer avec Jésus dans la Ville sainte. C’est donc une seule et même réalité que, sous des angles différents, ces deux passages d’évangile nous retracent : l’entrée du Christ et de ses saints dans la cité de Jérusalem.

Mais revenons à ces saints qui étaient morts et qui attendaient la résurrection du Fils de Dieu pour entrer dans la ville. Qui sont-ils donc ? Nous trouvons la réponse, frères et sœurs, dans l’Épître aux Hébreux. Ces saints qui ressuscitent sont tous les justes de l’Ancien Testament. Avec Abraham, ils attendaient « la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (He 11, 10). La Ville sainte dans laquelle ils entrent après la résurrection de Jésus n’est donc pas tant la cité de David, dressée sur la colline de Sion, que la Jérusalem céleste. Par la passion du Seigneur, l’accès à la Ville sainte qui descend du ciel, d’auprès de Dieu, s’ouvre à tous ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau (Ap 21, 27).

Nous aussi, frères et sœurs, tout au long de ce carême, nous sommes venus avec Jésus « vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux » (He 12, 22-23). Le récit des Rameaux et celui de la Passion se rejoignent car, à travers les souffrances de la Croix, c’est bien l’entrée triomphale de Jésus et de ses disciples dans la Ville sainte qui s’accomplit mystérieusement. La Jérusalem terrestre préfigure la céleste. Elle est le lieu de la Passion, mais aussi celui de la Résurrection. Rassemblés dans l’unité du mystère pascal, ces deux événements n’en font qu’un. Oui, « maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! » (Ps 121, 2-3). Amen.

Fr. Jean-Vincent Giraud +

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