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Homélie pour le 2e dimanche d’Avent, année A2

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Le désert fait son apparition dans la liturgie de ce deuxième dimanche de l’Avent. Aux deux extrémités du « désert » biblique et de ses occurrences, nous trouvons deux femmes. Au livre de la Genèse tout d’abord (Gn 16, 7), Agar s’enfuit devant sa maîtresse Saraï dans le désert, où un ange vient à sa rencontre pour s’enquérir de son mal et l’instruire de l’avenir. Au livre de l’Apocalypse (Ap 12, 6), la Femme de l’enfant mâle trouve refuge au désert afin d’être nourrie pour une durée mystérieuse. Entre ces deux occurrences dans lesquelles le désert se révèle lieu de refuge, de sécurité, d’instruction et de nourriture, le désert biblique est aussi un lieu de rencontre avec Dieu, de dialogue avec Dieu, de Théophanies diverses, d’offrande à Dieu par son peuple, de pâturage pour le bétail, mais aussi de guerres, de tentations, d’idolâtries, de murmure contre Dieu. Toutefois il est aussi un lieu de salut comme pour le désert de la mer des Roseaux, au jour de la sortie d’Égypte. Aujourd’hui il nous est présenté comme le lieu d’un nouveau départ, d’un retournement, d’une téchouva, d’une invitation à une conversion immédiate.

La nouveauté de cette conversion tient d’abord à un homme du désert : Yohannan l’immergeur. Dès le ventre de sa mère, Jean sent la présence du Messie. Il ne Le voit pas, mais il Lesent, il perçoit sa présence. Sa vie va s’écouler dans les Écritures et les prophéties, les prières et les jeûnes afin de savoir reconnaître au bon moment le Messie qui vient, jusqu’à cet instant qui se réactualise aujourd’hui pour nous. Sa parole fut suffisamment pertinente pour que tout Jérusalem et la Judée vînt à lui. Mêmes des pharisiens et des sadducéens, ces hommes qui sentent à des kilomètres les opportunités d’une ablution légalisante, sont venus vers lui. Si à leurs yeux leur salut est assuré puisqu’ils se proclament fils d’Abraham et qu’ils sont sûrs de la pureté de leur conduite, ils comprennent tout de même que quelque chose se passe. La curiosité les pousse à se demander ce dont il s’agit. Du reste, lorsque Jésus les interrogera plus tard sur cette question du baptême de Jean, ils se perdront honteusement dans de minables calculs pour ne pas perdre la face.

C’est alors que Jean révèle sa mission singulière. La voici : faire passer du temps des prophéties au temps du Messie. Il n’est plus l’heure de purifier l’extérieur de la coupe (Mt 23, 25). Il faut désormais circoncire les cœurs afin d’entrer dans la fidélité intérieure (Jer 4, 4). Il ne s’agit plus d’une eau qui purifie l’extérieur, mais d’une eau qui pénètre le cœur comme le purifient humblement les larmes de la componction. L’accès au paradis recouvré dont parle Isaïe passe par ce désert-là. Mais il passe aussi par cet homme dont Jean a senti in utero la présence, et qu’il annonce désormais tout proche. Jean est l’homme du passage, comme Moïse fut celui qui accompagna le peuple au bord d’un pays où ruissellent le lait et le miel sans qu’il y passât (Dt 34, 4), réservant cette mission à Josué dont Dieu fut l’aide – selon l’étymologie de son nom –, et qui préfigurait Jésus.

Jean proclame donc un baptême de conversion dans la droite ligne du prophète Isaïe, qui salua de loin l’Emmanuel [Isaïe signifie « salut de Dieu »]. D’une parole pyrophore, Jean le nouvel Élie, annonce donc Celui qui va ouvrir dans la justice, la fidélité et l’humilité, les portes du Paradis perdu. Mais il annonce quelque chose de tout à fait nouveau en apostrophant les pharisiens : « de ces pierres (Min ha banīm) » dit-il, « Dieu peut produire des enfants (banīm) ». Le salut que prophétise Jean n’est donc plus lié à la génération. Le salut est universel et aussi, et surtout, imminent comme en témoignent les verbes au présent de l’indicatif.

Pourtant l’extrémisme révolutionnaire de cet homme de feu sera contrasté par la parole du Messie. En effet, à partir du blé et de la paille que le Baptiste propose de « ranger, ou bien de balayer et faire brûler » Celui qui vient fera des paraboles d’une sagesse que Jean n’aura pourtant pas imaginée. C’est qu’en effet tout ce que les prophètes avaient annoncé restaient à accomplir, et personne s’il n’était mu par l’Esprit de Dieu ne pouvait savoir ni sentir comment le Messie les accomplirait toutes. Aussi Jean le passeur, achèvera comme Moïse sa course, sans avoir vu le royaume qu’il avait pourtant annoncé d’une voix inégalée jusque-là.

Puisse cet Esprit de Feu nous mouvoir dans les Écritures et nous donner de sentir toujours plus le Messie qui vient. C’est certainement vers Marie qu’il nous faut nous tourner pour ne pas risquer de passer nous aussi à côté. Toujours Elle fut présente à la Parole de Dieu dans laquelle Elle était si immergée que Celle-ci finit par prendre chair en Elle !


1 commentaire

Gamarra · 07/12/2025 à 21 h 31 min

De hauteur en hauteur !!!!
Waouh !!!!
Vous vouliez aller + loin…. Vous allez haut,très haut !!!
Va falloir, l’écouter,la réécouter,la lire la relire… Moi trop petite intelligence, petite mémoire…..😱
Bonne continuation 🙏

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