Homélie pour le mercredi des cendres, 18 février 2026

Jl 2, 12-18

2 Co 5, 20 – 6, 2

Mt 6, 1-6.16-18

« Accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement par le jeûne l’entraînement au combat spirituel » avons-nous demandé dans la collecte, la prière d’ouverture de cette messe des cendres.

Si vous êtes venus à Kergonan dimanche dernier, frères et sœurs, vous aurez peut-être remarqué devant l’abbaye la présence d’une vingtaine de véhicules blindés, gardés par des soldats armés jusqu’aux dents. Ces hommes participaient à un exercice militaire de grande ampleur, appelé Orion 26. Il s’agit d’un entraînement important pour les forces armées de notre pays, qui fait intervenir 12 500 soldats et qui se poursuivra sur le territoire national jusqu’au mois d’avril. Ayant établi, le temps d’un week-end, une base de soutien arrière sur notre parking, les militaires cantonnés devant l’abbaye nous ont expliqué brièvement les enjeux de l’exercice auquel ils se livraient. Étant donné l’instabilité du contexte géopolitique actuel, il est très important pour eux de s’entraîner régulièrement à coopérer sur le terrain avec les autres armées, françaises et internationales, pour pouvoir agir de manière opérationnelle en cas de conflit. Ces manœuvres de grande envergure ont aussi pour objet d’impressionner de potentiels adversaires, en leur montrant les performances techniques réalisées par les armées françaises et leurs alliés.

Au début de ce carême, la liturgie nous exhorte nous aussi à nous entraîner au combat. Comme les forces armées, nous avons besoin de nous exercer régulièrement à lutter contre un adversaire tapi dans l’ombre, qui nous espionne et nous menace continuellement. L’endurance et la pugnacité dont les soldats font preuve sont pour nous un exemple à imiter. Notre combat, toutefois, est un combat spirituel. Il se joue d’une toute autre manière que celui des puissances militaires qui s’affrontent sur l’ensemble de la planète. Arrêtons-nous en particulier sur trois grandes différences entre nos exercices et ceux de nos armées.

L’évangile que nous venons d’entendre présente les différentes armes qui nous sont proposées pour notre entraînement spirituel : l’aumône, la prière et le jeûne. Ces armes sont bien éloignées des missiles et des drones de combat utilisés par les puissances terrestres. Elles ne sont pas destinées à anéantir un adversaire extérieur, mais un adversaire qui nous attaque de l’intérieur. « Car c’est du dedans, nous dit Jésus, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. » (Mc 8, 21-22). L’aumône, la prière et le jeûne sont de précieux remèdes contre le péché qui nous guette de l’intérieur. Ils nous décentrent de nous-mêmes en nous ouvrant à Dieu et à nos frères. Pour être pleinement efficaces, ils doivent attaquer le mal à sa racine, c’est-à-dire au plus intime du cœur humain. Si, comme Jésus nous y invite, nous utilisons ces remèdes sous le seul regard du Père céleste, celui-ci pourra agir en nous et transformer notre cœur. C’est la raison pour laquelle le Seigneur nous demande d’éviter de les mettre en pratique devant les hommes pour nous faire remarquer. Et nous en arrivons à la deuxième différence.

Contrairement aux exercices militaires, qui cherchent à bien montrer les forces qu’ils sont capables de déployer, notre entraînement spirituel vise plutôt la discrétion. Jésus nous demande de fuir la gloire qui vient des hommes, au grand désespoir du diable. Car l’humilité est la seule vertu qu’il ne puisse singer. Celle-ci nous libère de notre égoïsme et nous rend malléables à l’action de Dieu en nous. L’humilité nous fait ressembler au Christ, qui nous a sauvés en se dépouillant lui-même et en s’abaissant pour nous jusqu’à mourir sur une croix. Tout au long du carême, nous sommes appelés à nous préparer au mystère pascal afin de le vivre avec le Christ pour ressusciter aussi avec lui.

Enfin, tandis que les entraînements militaires s’effectuent avec des balles à blanc, celui de la milice chrétienne s’effectue avec des balles réelles. Les renoncements que nous nous imposons pour marcher humblement à la suite du Christ ont un impact réel sur l’empire des ténèbres. En nous unissant plus étroitement au Fils de Dieu fait homme, ils nous associent aussi à sa victoire sur la mort. « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair » déclare Jésus à ses disciples, à leur retour de mission (Lc 10, 18). Oui, tout au long des quarante jours qui commencent, si nous pratiquons nos humbles efforts de carême avec amour, le péché perdra du terrain et des grâces innombrables seront répandues sur la terre.

L’entraînement au combat spirituel est certainement la stratégie la plus efficace pour répandre sur la terre la paix véritable, cette paix désarmée et désarmante que seul peut nous apporter le Christ mort et ressuscité. Sur notre route quadragésimale, c’est donc l’Eucharistie qui constitue notre ration de combat. C’est en elle que nous renouvellerons nos forces pour suivre le Christ jusqu’à la mort et participer ainsi à sa victoire pascale. Amen.

+ fr. Jean-Vincent

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