Homélie pour le dimanche de Pâques, 5 avril 2026

Le passage d’évangile que nous venons d’entendre décrit la découverte du tombeau vide : Marie Madeleine voit que la pierre a été enlevée, les apôtres Pierre et Jean aperçoivent les linges affaissés, mais aucune explication n’est donnée sur ce qui s’est produit. C’est l’évangile de Matthieu, entendu cette nuit, qui nous raconte comment le sépulcre s’est ouvert.

« Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. » (Mt 28, 2-4). Le premier évangéliste, qui n’est pas avare en descriptions apocalyptiques, montre de cette manière le bouleversement profond apporté par la Résurrection. Il inscrit aussi cet événement dans la ligne des théophanies de l’Ancien Testament. Le livre de l’Exode raconte en effet que lorsque Dieu s’est manifesté au Sinaï pour révéler sa Loi à Moïse, « toute la montagne tremblait violemment » (Ex 19, 18).

Le tremblement de terre rapporté par saint Matthieu signifie que dans la résurrection de son Fils, Dieu se révèle et bouleverse le cours de l’histoire. Par cette image, l’évangile nous apprend que les entrailles de la terre n’ont pas pu retenir celui qui est l’auteur de la vie. Libre parmi les morts, le Christ a ébranlé les portes de l’Hadès. Il a fait éclater de l’intérieur la puissance de la mort afin de libérer l’humanité captive. La victoire du Christ sur la mort est donc à la fois révélation de sa puissance sur la mort et rédemption pour tout le genre humain. La Résurrection est une théophanie sans précédent, dans laquelle le Seigneur révèle son amour infini pour les hommes et le met en œuvre efficacement en les délivrant pour toujours de la mort.

C’est à cette scène du récit de Matthieu que fait référence l’antienne d’offertoire que nous chanterons dans quelques instants : « Terra tremuit et quievit, dum resurgeret in iudicio Deus. » La terre a tremblé et s’est apaisée, lorsque Dieu est ressuscité pour le jugement. Ce verset est tiré du psaume 75e, un psaume qui raconte comment Dieu s’est fait connaître à Jérusalem, en remportant la victoire sur les ennemis de son peuple.

Au centre du psautier, cette hymne chante et annonce l’événement central de toute l’histoire du salut : la résurrection de Jésus-Christ. Le contexte de notre verset d’offertoire est le suivant : « Des cieux, tu prononces le verdict ; la terre a peur et se tait quand Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre. » (Ps 75, 9-10). La Résurrection apporte avec elle ce jugement dont Jésus avait parlé aux Juifs, qui donne vie et salut aux humbles de la terre : Le Père, avait-il déclaré, « a donné [au Fils] pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme. Ne soyez pas étonnés ; l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix ; alors, ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre, ceux qui ont fait le mal, pour ressusciter et être jugés. » (Jn 5, 27-29). La victoire divine chantée par le psaume apporte aux humbles de la terre le jugement qui les sauve de la mort.

Quant à leurs ennemis, leur sort est évoqué quelques versets plus haut : « Les voici dépouillés, ces guerriers, endormis, tous ces braves aux mains inertes. » (Ps 75, 6). Le psaume annonce déjà la frayeur des gardes qui, devant l’éclat de la victoire divine, « se mirent à trembler et devinrent comme morts » (Mt 28, 4). Le mystère pascal accorde la vie nouvelle à ceux qui s’ouvrent à l’amour de Dieu. Mais ceux qui s’y refusent périront à jamais. Libre à nous d’accueillir ou non le don ineffable que Dieu nous fait de sa vie.

Mais pourquoi, me direz-vous, ce verset qui annonce la Résurrection est-il chanté précisément au moment de l’offertoire ? Continuons notre lecture du psaume 75e. On lit alors : « vous qui l’entourez, portez votre offrande au redoutable » (Ps 75, 12). La victoire divine est suivie dans le psaume d’une offrande au Dieu Très-Haut. On peut voir là encore une préfiguration du mystère pascal, qui se poursuit dans l’offrande du sacrifice eucharistique. Au moment où nous présentons à l’autel le pain et le vin pour qu’ils soient consacrés, souvenons-nous de ce que nous dit saint Paul, dans la deuxième lecture : c’est « vous qui êtes le pain de la Pâque ». Offrons-nous nous-mêmes au Dieu redoutable, pour qu’il vienne bouleverser notre vie par la puissance de sa résurrection. Accueillons son amour infini, qui veut nous communiquer sa propre vie divine.

Cette antienne grégorienne qui accompagnera notre offertoire est chantée sur un ton plein de douceur et d’intériorité. Le bouleversement qu’elle annonce est tout intérieur. C’est au fond de notre âme que nous pouvons accueillir la puissance de la vie divine qui s’offre à nous dans la Résurrection, tout en nous offrant nous-mêmes au Dieu qui vit et règne en nous et dans le monde entier pour les siècles des siècles. Amen, alléluia !

Fr. Jean-Vincent

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