Homélie pour le jour de Noël 2020

Voici quelques heures, nous contemplions ensemble, dans l’évangile selon saint Luc, la Lumière divine venue dans le monde et qui brille dans les ténèbres. Un nouveau-Né couché auprès de sa vierge-mère et de Joseph. Dieu venu dans la chair pour vivre avec nous, nous racheter tous de nos péchés et enfin nous ouvrir les portes de la Vie Éternelle.

L’Église nous invite ce matin à contempler ce sublime événement, cette espérance ineffable, ce renversement de perspectives, à la lumière de l’évangile selon saint Jean.


Comme nous l’avons entendu, l’évangéliste Jean considère la génération éternelle du Verbe de Dieu, c’est à dire de sa Parole. En effet le Dieu des chrétiens n’est pas un Dieu solitaire mais trine, qui est si l’on peut dire permanence de relations au sein de Lui-même. Le Père engendre éternellement le Fils dans l’Esprit qui est leur commun Amour.

Or cette Parole est Lumière. Elle est née de la Lumière avant tous les siècles. En prenant une nature humaine la Lumière qu’est le Verbe, fait donc entrer cette Lumière dans notre monde créé. Pas plus aujourd’hui qu’à l’heure où l’évangéliste l’écrivait, la lumière divine qu’est le Christ venu dans la chair, ne retient l’attention du monde qui ne l’a toujours pas reconnue. Et pourtant l’évangéliste nous dit que la lumière brille dans les ténèbres ; or force est de constater que les ténèbres ne manquent pas tout autour de nous. Il serait donc logique qu’au travers d’épaisses ténèbres, la lumière soit plus remarquable encore. Seulement voilà, ce n’est pas aussi simple !


Lorsque Dieu s’incarne et prend une nature humaine, il ne se « contente pas » de devenir homme tout en restant Dieu. Afin de ne pas effrayer l’homme, Il doit prendre la peine de voiler sa divinité afin de pouvoir passer presqu’inaperçu aux seuls yeux humains. En écho à cela, le signe que les anges ont donné tôt ce matin aux bergers est justement d’une humilité insoupçonnable : « vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Quel signe ! Franchement ! Il faudrait presque conclure que de signe de la divinité du Nouveau-Né, il n’y en n’a justement pas. À moins que ce signe nous révèle quelque chose d’autre. Quelque chose d’inimaginable du point de vue de notre conception de Dieu. Cette chose, n’est-elle tout simplement pas que la puissance de Dieu ne peut se révéler totalement aux yeux des hommes que dans la faiblesse ? Alors ce petit enfant-Dieu est non seulement une sublime nouvelle pour notre salut puisqu’il nous l’offre venant nous sauver de nos péchés. Mais il est aussi un message d’espérance pour tous ceux qui n’en peuvent plus, pour ces cœurs sincèrement pauvres, qui savent que rien en eux ne pouvait attirer le regard divin. Car là seulement Jésus peut venir faire sa demeure, apporter sa paix et vivre une communion d’amour avec une telle âme. Cette adhésion est l’œuvre de la foi. Et l’œuvre de la foi, comme tout ce qui est bon en nous, est un don Dieu, que Dieu nous fait afin de pouvoir répondre librement à ses dons et à ses grâces sans nombre.

Finalement Dieu s’est fait homme pour pouvoir être mis à la porte : et ça marche plutôt bien, puisque « les siens ne l’ont pas reçu ». Mais à ceux qui l’accueillent il donne un pouvoir incroyable. Celui de devenir enfant de Dieu ! C’est à dire que ceux qui l’accueillent deviendront enfants adoptifs de Dieu, et seront progressivement transformés en lui, de même qu’à la communion eucharistique ce n’est pas Jésus qui est transformé en nous, mais nous qui sommes transformés en lui ! Oui, le Pain venu du Ciel qui repose dans une mangeoire est venu pour être mangé afin de nous transformer en Lui.


Que cette joie immense nous habite tous, et qu’elle soit pour vous tous le signe et le gage d’un très joyeux Noël !

Amen

+ frère Laurent de Trogoff, prieur administrateur

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