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Homélie pour le 1er dimanche d’Avent

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« kānūn al ʾawal » wa « kānūn ath thāni ». Tels sont les noms, respectivement, des mois de décembre et de janvier chez les arabes chrétiens. « kānūn al ʾawal », c’est à dire mot-à-mot : canon premier, et « kānūn ath thāni » c’est à dire canon deuxième. Comme on peut l’entendre, le mois de décembre a été ainsi institué premier mois de l’année, tandis que janvier est le deuxième. Cette subtilité linguistique nous conduit précisément à prendre conscience de la nouveauté qui advient. Cette nouvelle année vient d’advenir voici quelques heures. Pas de feu d’artifice ni de foules en liesse comme on peut en voir un 1er janvier. Rien ne semble avoir annoncé cette nouveauté. Et pourtant tout vient de commencer. « Ecce facio nova omnia » : Voici que je fais toute chose nouvelle annonce Jésus dans le livre de l’Apocalypse (21, 5). D’autres traductions disent je fais l’univers nouveau. Oui, depuis cette nuit quelque chose de nouveau vient de poindre et bien peu nombreux sont ceux qui l’ont remarqué et qui s’en sont déjà réjouis. Dieu aime agir en secret, il semble même d’après l’Écriture, qu’Il voie mieux et qu’Il entende mieux dans le secret (Cf. Mt 6, 6). En vérité ce n’est donc pas une sorte de recommencement. Car Dieu ne recommence jamais, ne s’étant jamais arrêté ! Nous pensons abusivement recommencer et donc savoir ce qui va advenir, parfois même des mois à l’avance. Pourtant nous n’avons en vérité aucune prise sur l’avenir, sauf peut-être les quelques heures qui vont prochainement arriver, et encore ! Saint John Henry Newman, récemment élevé au rang de docteur de l’Église catholique, l’avait bien compris lui qui écrivit un jour : « Lead Thou me on! Keep Thou my feet; I do not ask to see the distant scene – one step enough for me » (Conduis-moi ! Dirige mes pas ; je ne demande pas à voir ce qu’on voit au loin : un seul pas me suffit). Un pas me suffit. N’est-ce pas le seul chemin pour la créature pour discerner doucement et progressivement la venue du Royaume de Dieu ? N’est-ce pas justement une foi mariale, qui ne fait pas de bruit, mais qui se nourrit de l’amour de Dieu. Une venue aussi inexorable que la mer qui monte et que rien ne peut arrêter. Quel bonheur de savoir cela par la foi ! Quel bonheur de savoir que ce Règne de Dieu que nous proclamions royalement dimanche dernier (je devrais dire « l’année dernière »!) progresse sans même pouvoir s’interrompre !

Cette vérité théologique nous place d’emblée dans l’attente, c’est à dire dans l’Avent, dans ce qui va ad-venir. Dès lors le seul désir qui peut animer notre cœur est celui de veiller pour ne pas risquer de manquer une once de la lumière de la venue de Celui qui avance. Car sa venue est plus sûre que celle de l’aurore. La plus part des traductions disent « sa venue est aussi certaine que celle de l’aurore », mais il me semble que cela va plus loin encore, car la venue du Christ est à la fois toute nouvelle et à la fois parfaitement certaine. Autrement dit, il ne nous est pas demandé de veiller pour voir si quelque chose va advenir, mais il nous est demandé de veiller parce que nous savons dans la foi que quelque chose advient. Et cela change tout. Notre regard s’en trouve transfiguré, au propre comme au figuré.

Et de fait, il s’agit pour nous durant ce temps de l’Avent de préparer l’Inattendu, c’est à dire Celui qui personne n’attendait, ni n’attend parfois encore maintenant dans un monde pourri d’hédonisme. Dieu va passer. Il va passer par un sentier inexploré, un sentier inexplicable, un sentier marial , car seule Marie attendait vraiment l’Inattendu.

Cependant, pour nous, cette attente ne sera pas comme celle de l’an dernier, car encore une fois, Dieu ne se répète jamais. Tout est déjà advenu une fois dans l’histoire du Salut. Et rien ne manque. Rien, sinon l’accomplissement de toute chose en chacun de nous, c’est à dire la propagation du salut du salut christique. Mais alors une question se pose : quelle venue attendons-nous véritablement ? En réalité ce ne sont pas les évènements passés qui ont été vécus et qui ne peuvent donc l’être à nouveau. Car c’est nous qui sommes mis en présence de ces évènements, comme si nous remontions le temps. Alors que nous sommes invités à revivre les événements du Salut qui nous a été acquis, ceux-ci vont se réactualiser comme le dit la théologie, afin de porter un fruit plus grand, plus mur, plus accompli, en chacune de nos vies. Par cette réactualisation et à travers elle, Celui qui doit venir va bel et bien venir de nouveau. Si la liturgie va nous transporter vers ces lieux, ces événements, ce quotidien d’où le Verbe s’est fait chair, la même liturgie va permettre que cette venue du Christ soit plus profonde, plus réelle, plus vivifiante. Telle est notre attente : une invitation à laisser revivre en nous ce qui est advenu merveilleusement, tout en l’accomplissant surnaturellement.

Un mot tout à fait particulier de l’Écriture porte en lui ce double sens. C’est ce très beau mot que vous connaissez bien : Maranatha. En effet, si en hébreu biblique cela signifie littéralement Ô Notre Seigneur, viens !(Marana tha), en araméen il signifie « Le Seigneur est venu » (Maran etha). Ainsi est à la fois annoncée la venue du Seigneur dans l’histoire et l’attente de sa venue dans notre histoire, aujourd’hui.

Puisse ces mystères du Salut que nous sommes donc invités à attendre et contempler encore davantage durant ces semaines en particulier, ne pas nous laisser indemnes, mais qu’ils nous entraînent toujours plus profondément dans l’union de Jésus à nous, et aussi l’union à Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, qui est venu et qui vient. Oui, viens Seigneur Jésus.


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