Homélie pour le Baptême du Seigneur


« Le fleuve de l’Agneau »

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La théologie du Baptême du Seigneur est nourrie – au combien – de tout l’office prié en ce jour, et même déjà présente, parfois en filigrane, dans les offices des jours passés. Je voudrais simplement ici poser un regard biblique sur cet événement, un regard qui nous découvre Jésus et nous permet peut-être de mieux le connaître, en quelque sorte.

Le Baptême du Seigneur, en saint Matthieu, est le tout premier acte public de la vie d’adulte de Jésus. Lorsque quelque chose commence il convient d’être bien attentif, car cela révèle quelque chose d’important. Matthieu nous offre à contempler le tout premier acte public de Jésus qui est de se soumettre à une créature et de lui demander quelque chose. C’est déjà une révélation lumineuse du regard que Dieu pose sur chacun de nous : Il demande de faire quelque chose pour Lui. Plus tard il demandera à ceux qui l’approcheront : « que veux-tu que je fasse pour toi ? »1. Mais ici Il s’approche et demande. Le Tout-Puissant demande à l’impuissant, le Maître demande à l’esclave, Jésus demande à Jean de le baptiser ! Quel mystère !

Comme nous le savons les Pères ont vu dans le baptême de Jésus non point un acte de conversion de la part de Jésus qui est toujours tourné vers le Père, mais un acte de sanctification des eaux du Jourdain et de purification de l’Église à venir. En étant immergé, Jésus assainit le fleuve. Partout où Jésus parvient, ce géant à double nature assainit tout, à l’image du double torrent décrit par Ézéchiel  ! « Tout être vivant qui se meut, partout où entrera ce double torrent, vivra (…) il y aura de la vie partout où arrivera le torrent »2.

En agissant comme il le fait, Jésus s’inscrit aussi dans deux traditions.

1) D’une part, il accomplit la tradition des prophètes. Les prophètes de l’Ancien Testament se sont pour ainsi dire « engendrés » les uns les autres, dans une succession qui relèverait presque d’une généalogie. Rien qu’en prenant les plus connus, il apparaît que Josué est « sorti » de Moïse. Élisée est « sorti » d’Élie. Et voici que Jésus semble agir de même et vouloir, aux yeux des hommes, « sortir » de Jean-Baptiste, afin d’accomplir toute justice. Mais quelque chose de nouveau advient : le cieux s’ouvrent, le Père parle, l’Esprit se manifeste de façon visible. Jésus est sorti du Père sans quitter le sein du Père. Le Fils se manifeste drapé d’une humanité. Voici que Dieu fait toute chose nouvelle. Désormais les cieux sont ouverts au-dessus du Fils de l’homme. Ils ne s’assombriront que bien plus tard, à l’heure des ténèbres sur le Golgotha.

2) La deuxième « tradition » si l’on peut dire, est celle qui concerne le Jourdain. Moïse n’a pas pu traverser le Jourdain. Josué a pu le faire. Élie a traversé ce même Jourdain d’un claquement de manteau3, comme on le sait. Élisée repasse le Jourdain lui aussi usant du même artifice que son maître. Jean, lui, s’est arrêté au bord du Jourdain. Il n’était plus question de devoir le traverser car la Terre Sainte semblait acquise. Jésus, lui, est plongé dans le Jourdain, comme pour signifier qu’une autre Terre sera promise aux doux4, comme il le proclamera dans les Béatitudes, accomplissant ainsi le verset du psaume : « les humbles posséderont la terre, réjouis d’une grande paix »5. Jésus ne traverse plus le Jourdain, il l’assainit de son onction messianique, annonçant aux hommes une Patrie qui n’est plus de la terre mais des Cieux.

Pour finir, un mot encore sur les fleuves. Comme nous le révèle la Bible, l’histoire de l’humanité est singulièrement marquée par les fleuves. Au fleuve anonyme qui sort du jardin d’Éden dans le livre de la Genèse, fait écho le fleuve de vie, lui aussi anonyme, qui jaillit du Trône de Dieu et de l’Agneau, dans le livre de l’Apocalypse6. De même que cette eau sanctifiée qui pénètre tout, Jésus annonce aujourd’hui qu’Il vient renouveler l’homme et tout homme, détruisant les péchés qu’il prendra sur lui pour le détruire, afin de prendre une fois relevé des eaux de la mort, Adam sur ses épaules saintes. Le Fils bien aimé du Père rapporte à son Père bien-aimé la toute première brebis perdue accompagnée des fils et des filles adoptifs bien-aimés du Père. Voilà ce qui s’ouvre aujourd’hui, voilà pourquoi les Cieux demeurent ouverts au-dessus de Jésus. La Salut est là désormais. Il porte un Nom : Jésus ! Gloire à toi Seigneur, Gloire à Toi !

1) Mc 10, 51 et passim.

2) Ez 47, 9.

3) 2R 2, 8.

4) Mt 5, 4.

5) Ps 37, 11.

6) Ap 22, 1.


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