Homélie pour le 2e dimanche du Temps ordinaire


« Le troisième jour »

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Si notre évangile s’est ouvert par les mots « En ce temps-là », Jean dans son évangile écrit : « le lendemain », sans donner d’explication. Selon le cursus du commencement de la Genèse, il semble s’agir du troisième jour. Le premier jour correspondait à l’apparition sur terre de la Lumière qu’est le Christ. C’est le thème général du Prologue de l’évangile de Jean. Le jour d’après, le deuxième jour, est dans la Genèse le jour de la séparation du ciel et des eaux ; c’est aussi celui de la narration du témoignage de Jean le Baptiste dans l’évangile de Jean. Nous voici donc aujourd’hui au troisième jour, celui de l’apparition. Apparition de la « sèche » au livre de la Genèse, apparition de Jésus aux yeux du Baptiste, désigné du titre « d’Agneau de Dieu » de la bouche même du Baptiste qui prophétise encore.

Jamais l’expression « Agneau de Dieu » n’avait encore été employée dans la bible ni attribuée à un homme. Il y avait bien dans le livre de la Genèse un quadrupède biblique représentant jusque-là exclusivement l’animal du sacrifice, une bête relativement naïve comme le laisse entendre les équivalents hébraïque et grec1. On pouvait l’apercevoir dans le sacrifice d’Isaac de la main d’Abraham, dont le bras fut interrompu par un ange venu recueillir – probablement dans une coupe d’or – en la place du sang, la foi du patriarche. Mais Isaac, l’enfant de la promesse, ne portait aucun péché ni n’y prétendait. Pourtant l’évangéliste nous a mis sur la piste en parlant de ce lendemain, et donc du troisième jour. Car le livre de la Genèse précise : « le troisième jour, levant les yeux, Abraham vit le lieu de loin ». Ainsi le Baptiste apercevant Jésus qui vient vers lui pouvait légitimement désigner le nouvel Isaac.

Isaïe dans le 4e chant du Serviteur2 reprenait ce thème de l’animal du sacrifice, muet, visant plus explicitement un « agneau »3, précisant que « Dieu a fait retomber sur lui nos fautes à tous ». Le Baptiste semble bien accomplir verbalement ce passage d’Isaïe annonçant justement en Jésus l’Agneau (ἀμνὸς) de Dieu qui va prendre sur lui les péchés du monde entier. Le rôle prophétique du Baptiste va jusque-là. Désigner l’Agneau de Dieu de ses yeux et de sa main. Mais en affirmant cela, le Baptiste annonce quelque chose de mystérieux et dramatique. Car ce Nouvel Agneau est appelé à porter le péché du monde pour l’enlever, définitivement.

Jean-Baptiste ajoute encore un message pour son auditoire. En désignant Jésus comme le ܐܡܪܗ ܕܐܠܗܐ (l’Agneau de Dieu), Jean annonce aussi une autre vérité. En effet l’araméen comme l’hébreu sont des langues consonantiques4, c’est à dire dépourvues de voyelles. Il se trouve que le terme « agneau » peut être lu comme « parole » puisque les consonnes sont exactement les mêmes que celle du mot « agneau » en araméen. Jean a donc aussi annoncé en Jésus la « Parole de Dieu » venue enlever le péché du monde. Et c’est un point capitale, comme le mentionnait du reste le Saint Père dans sa dernière audience générale, en commentant la Constitution dogmatique Dei Verbum. Voici ce qu’il disait : « Dieu nous parle. Il est important de saisir la différence entre la parole et le bavardage : ce dernier s’arrête à la surface et ne réalise pas de communion entre les personnes, tandis que dans les relations authentiques, la parole ne sert pas seulement à échanger des informations et des nouvelles, mais à révéler qui nous sommes. La parole possède une dimension révélatrice qui crée une relation avec l’autre. Ainsi, en nous parlant, Dieu se révèle à nous comme un Allié qui nous invite à l’amitié avec Lui.5 » C’est un écho providentiel au témoignage de Jean Baptiste pour nous, aujourd’hui. C’est donc un deuxième point à retenir.

Enfin, l’importance de la connaissance du Christ est fortement mise en valeur. Jean Baptiste en rendant son témoignage affirmait aux juifs venus l’interroger : « au milieu de vous se teint celui que vous ne connaissez pas ». Or lui-même confesse son ignorance puisqu’il dit deux fois : je ne le connaissais pas ». Cela signifie qu’il connaissait le Messie seulement en prophétie. Il ne l’avait pas encore vu advenir. C’est pourquoi il précise le contenu de la prophétie qui lui a été transmise dans une affirmation trinitaire, disant : « Celui qui m’a envoyé – le Père – m’a dit Celui – le Fils fait chair – sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est Lui ». Jean nous montre ici le rôle capitale de l’Esprit qui fait connaître, à la fois par sa manifestation visible, et à la fois par l’inspiration qu’Il souffle sur ceux auxquels le Père veut faire reconnaître et connaître son Fils bien aimé. Dieu nous parle et cherche « à tout prix » à entrer en relation avec chacun de nous !

Tel est l’Agneau qu’il nous faut suivre et accompagner désormais dans sa Parole – dans cette Parole qu’Il est – jusqu’au sacrifice qui nous donne la vie. Car « le châtiment qui nous rend la paix est sur Lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison ». Comment ne pas désirer Lui rendre amour pour amour ? Comment ne pas chercher à entrer en relation avec Lui afin de répondre à son désir ?

1) Respectivement שֶּׂ֛ה, et πρόβατον.

2) Is 53, 7.

3) En grec ἀμνὸς , à la fois dans la LXX et dans les évangiles.

4) C’est à dire à base de consonnes. À l’origine il n’y avait pas de voyelles écrites. Des signes vocaliques ont été apposés au dessus et/ou au-dessous des consonnes ultérieurement.

5) Léon XIV, Pape, Audience générale du mercredi 14 janvier 2026, http://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/audiences/2026/documents/20260114-udienza-generale.html.


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