Homélie pour la solennité de Marie, Mère de Dieu
Comme un écho mystique à l’incapacité du petit Enfant-Dieu, – le Verbe fait chair – de prononcer encore la moindre parole, voici un merveilleux petite tableau évangélique présenté à notre contemplation. Il n’y est en effet prononcé aucune parole par aucun des acteurs dépeints par le narrateur. Tout y est décrit avec la sobriété dont sont capables les pauvres de cœur, ceux qui savent s’en remettre à Dieu pour tout.
Du reste, Luc rapporte une série de faits dont il n’a pas été témoin. Marie lui a fourni par sa parole immaculée les fruits d’observation et de méditation de son cœur de toute jeune maman.
Il y a d’abord les bergers. Ils se sont empressé de prendre le chemin indiqué par les anges. Marchant dans la nuit, il leur a fallu trouver cette grotte au Trésor ineffable. Peut-être ont-ils dû en faire plusieurs avant de trouver la bonne. Ces hommes connaissaient sans doute les alentours et tous les recoins qui permettent de se protéger eux et leurs bêtes des intempéries. Trouver un enfant nouveau-né dans une grotte, cela ne devait pas être trop courant à cette heure, par cette nuit, en cette saison. Trouver un petit bébé – enveloppé de langes – couché dans une mangeoire. C’était le signe ! Ils avaient donc trouvé ! Ils découvrirent la scène telle que les anges la leur avaient annoncée : Marie, Joseph et le petit bébé – enveloppé de langes – couché dans une mangeoire. Un détail pouvait surprendre : pourquoi avoir mentionné les langes ? Les petits bébés sont-ils tout-nu d’habitude ? Jean Chrysostome et Grégoire le Théologien1 y ont vu à la fois un signe de pauvreté, d’humilité du Roi-Messie, et à la fois l’annonce prophétique de la mort et de la résurrection du Christ qui surgira d’un tombeau de pierres après avoir traversé le linceul qui l’enveloppait.
De Marie et Joseph, nous ne savons rien. Ils sont juste là dans la nuit, devant ce petit enfant Dieu, attentifs à la fragile respiration de l’Enfant qui ne porte pas encore de Nom. L’arrivée des bergers avec leurs bêtes, attire leur attention : « qui va là ? » se demande Joseph. Va-t-il falloir quitter les lieux déjà ? Mais non, les bergers se mettent à raconter ce qui leur avait été annoncé au sujet de l’Enfant. Cela a dû aller assez vite car les anges ne sont jamais trop loquaces, ni les pauvres du reste. Mais chacun y va de son fait. Pourtant cela tient en peu de mots : un Sauveur était né ; un signe leur avait été donné : un petit bébé emmailloté, dans une mangeoire. Un joli conte rapporte que chacun des bergers voulait offrir quelque chose pour l’Enfant-Roi ! Mais il en était un qui était tellement pauvre qu’il n’avait rien pu offrir. Lorsque son tour arriva, il se présenta les bras vides. Alors Marie le voyant désolé lui dit d’approcher, et déposa dans ses bras vides, l’Enfant Jésus, prophétisant ainsi qu’il vaut mieux avoir les mains vides pour recevoir Jésus…
Seulement voilà, nos bergers n’étaient pas les premiers. Il semble qu’il y ait déjà eu du monde à l’entrée de cette grotte. On n’est jamais tranquille, même la nuit dans une grotte. Cette foule dont parle l’évangéliste Luc, personne ne sait d’où elle est sortie. Les anges ont-ils semé la bonne Nouvelle largement ici et là, comme le laisse à penser la Pastorale des Santons de Provence ? C’est bien possible. Mettons-nous à leur place : avec une telle liesse, il fallait bien qu’ils la communiquassent. C’était du reste leur mission. Mais tous furent étonnés ! Cette foule dont les pharisiens auront bientôt mépris de l’ignardise, cette foule de pauvres gens s’émerveille et se demande ce que sera cet Enfant.
Et puis dans une sorte de circulation lumineuse, tout revient vers Marie. Elle écoute, elle entend ces étonnements, elle regarde ces visages joyeux, elle observe. Elle contemple cette toute première gloire de Dieu, de son Enfant-Dieu qui enthousiasme toutes ces petites gens. Elle les voit repartir aussi. Ils sont les tous premiers messagers qui vont annoncer cette Bonne Nouvelle dans les bourgades voisines, car les louanges angéliques se sont avérées très contagieuses. Et la scène semble se refermer sur ce départ, comme un rideau qui retombe avec beaucoup de pudeur et de douceur sur cette sainte famille blottie dans le silence, la joie, l’amour, la contemplation et la foi.
Oui, la foi d’être là, devant le Sauveur du monde. Joseph repasse dans son esprit le songe qu’il a reçu six mois auparavant lorsque Marie revenait de chez sa cousine Élisabeth. Mais ce message-là l’évangéliste Luc ne le rapporte pas. C’est une autre affaire, l’affaire d’un autre : Matthieu. Il vaut mieux laisser à chacun sa part d’évangélisation.
Toute cette scène sublime est somptueusement mise en note dans la seule pièce grégorienne de la messe latine qui ne soit pas tirée du commun de la Vierge Marie. Il s’agit de la communion Exsulta Filia Sion. Sur les paroles du prophète Zacharie dont elle est tirée, le compositeur grégorien a su mettre une liesse contenue et comme intérieure.
La final doit particulièrement retenir notre attention. En effet, là où le prophète Zacharie parle d’un Roi juste et victorieux, le moine compositeur confesse la foi catholique et déclare ce Roi « sanctus et Salvator mundi » saint et Sauveur du monde !
Que Marie que nous fêtons et saluons à la messe de ce jour du titre de Mère de Dieu, nous conduise toujours sur ce chemin de la foi.
Et que la paix qui rayonne de cette crèche se répande sur notre monde qui en a tellement besoin.
1) Jean Chrysostome, homélie sur Matthieu, 7, §3 : « Les langes et la crèche font assez voir qu’il est homme » ; et Grégoire de Nazianze, Oratio XXIX, Patrologie grecque T. 36, col 99 : « Certes, il fut enveloppé dans des langes, mais, ressuscité, il secoua les bandelettes de la sépulture ».
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