Homélie pour la solennité de l’Épiphanie


« Les ténèbres ne L’ont pas arrêté »

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Le prophète Isaïe qui nous a accompagné depuis des semaines, s’avance à nouveau aujourd’hui pour nous apporter la vraie lumière au cœur de nos ténèbres. Providentiellement mis en relation avec l’évangile selon saint Matthieu, il fait apparaître au moins trois binômes intéressants.

Il y a tout d’abord la paire lumière-ténèbres. Cette mise en opposition des ténèbres et de la lumière nous renvoie une nouvelle fois au premier chapitre de la Genèse, comme l’a fait le Prologue de Jean que nous entendons deux fois durant le temps de la Nativité. De nouveau, Dieu sépare la lumière et les ténèbres1. Il est intimé à Jérusalem de se lever et de briller (א֖וֹרִי, dit le texte hébreu, mot qui à la même racine que le mot lumière en hébreu). Or c’est au milieu des ténèbres que la lumière brille le mieux. Dieu choisit donc de venir illuminer le monde au moment où celui-ci gît lamentablement dans la nuit du péché, dans la nuit de notre péché. Et c’est à Jérusalem, la cité de Paix, d’en porter la joie et l’allégresse. « Sur toi résidera la Shékinah du Seigneur, et sa gloire se révélera sur toi », explique le commentaire targumique. Comme on le sait le mot « Shékinah » renvoie à la présence de Dieu qui descendait sous la forme d’une Nuée lumineuse sur la Tente de la Rencontre. Cette tente est désormais une grotte, et cette Shékinah lumineuse a pris un corps d’homme. Elle se nomme Jésus !

À l’invitation à la joie qui lui est faite, Jérusalem est bouleversée, nous dit l’évangile. C’est le deuxième binôme : joie-peur. Là où la joie rayonne sur le visage des pauvres et faibles bergers de Bethléem, la peur accable les puissants et les riches de Jérusalem. Quelle chose curieuse que d’avoir crainte d’un Enfant, dira un Père de l’Église ! La Sagesse a bien raison d’affirmer que « la peur n’est rien d’autre que la défaillance des secours de la réflexion »2. Hérode se méprendra jusqu’à faire assassiner des enfants, et un peu plus de trente années plus tard, tout Jérusalem finira par le suivre en demandant que soit versé le Sang du Juste. Aussi la joie se déplace de Jérusalem vers les Nations. Un peu comme la Nuée lors de la sortie d’Égypte, passa à l’arrière afin de protéger les Hébreux de l’armée de Pharaon qui les poursuit dans le désert. Le privilège de Jérusalem qui s’effraie, passe aux Nations qui s’enthousiasme, comme l’annonce Paul aux Éphésiens. La joie se propage donc laissant là celui qui la refuse, mettant en liesse celui qui la reçoit. Les rois-mages symbolisant toutes les Nations protègent la vie de l’Enfant-Roi. Tout semble donc inversé, comme le disait encore Jean : « Il est venu chez les siens et les siens ne m’ont pas reçu » !

Un troisième binôme achève de consacrer ce déplacement : pauvreté-richesse. Les pauvres bergers se sont réjouis autant que les riches mages s’enthousiasment. À l’approche de Jérusalem l’étoile qui avait entamé une petite éclipse réapparaît. Aussi, dès qu’ils sortent de la « cité rebelle », ils se réjouissent d’une très grande joie. C’est sans doute aussi cette joie qui les guidera vers la grotte où repose la Shékinah d’Adonaï. La joie des anges comme celle des bergers et celle des mages convergent toutes vers la Joie de toutes les joies, Marie qui vient de mettre au monde l’éternelle Joie de Dieu : son Fils Unique fait homme. Il est vraiment Le Roi auquel convient l’or. Il est Le Dieu véritable que l’encens révèle. Il est aussi Celui qui sera obéissant jusqu’à la mort comme le prédit la myrrhe. Les siens ne l’ont pas accueilli, mais les rois des Nations se sont faits humbles devant sa Majesté. Dieu soit béni ! Puissent-ils déposer en nos cœurs cette joie épiphanique qui les a guidés tant au dehors qu’au dedans !

1) Genèse 1, 3.

2) Sagesse 17, 12.


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